mardi 28 mars 2017

Projet DEMOSPACE: le bilan!

Le projet DEMOSPACE (Réponses DEMographiques des Oiseaux aux changements globaux dans l’eSPACE: des tendances nationales à la gestion locale; 2013-2016) a eu pour objectif de comprendre les différences de réponses des populations d'oiseaux aux fluctuations climatiques entre les échelles nationale, régionale et locale (le site). La région Nord-Pas de Calais, particulièrement fournie en stations STOC Capture, a servi de laboratoire à cette approche. Une premier objectif du projet a été de comparer les tendances d'abondance des oiseaux nicheurs pour la région Nord-Pas de Calais avec les tendances pour le reste de la France. Ces résultats paraitront prochainement dans un livre (Luczak 2017). Le deuxième objectif a été de caractériser l'influence du climat sur la survie annuelle des adultes des 23 espèces de passereaux les plus capturés en France à l'aide du protocole STOC Capture (correspondant à 244000 individus bagués, sur 261 sites, en 25 ans). Cet objectif a constitué le cœur de la thèse de doctorat de Manon Ghislain. Le résultat le plus marquant est que les variations de survie entre années sont extrêmement similaires entre espèces (cf. figure), révélant un rôle majeur des forçages climatiques dans la mortalité des passereaux communs, et ce, que les espèces habitent des milieux humides ou terrestres, et qu’elles passent l’hiver en France ou en Afrique. Enfin, le 3ème objectif a été de produire des indicateurs simples à comprendre, faciles à obtenir et à utiliser, non-falsifiables, qui informent les acteurs locaux en charge de la gestion de sites sur les particularités de fonctionnement des populations locales d’oiseaux (taille de population, survie, reproduction, croissance) en lien avec leurs mesures locales de préservation ou de restauration d’habitat. La production de ces indicateurs a été réalisée par Romain Lorrillière.  Ils sont présentés en détail sur la page du STOC Capture.
Le projet DEMOSPACE a été financé par l'appel à projets de recherche 'Biodiversité' de la Région Nord-Pas de Calais, accompagné par la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité. Il a été porté par Pierre-Yves Henry, en collaboration avec de nombreux partenaires régionaux (le Laboratoire d’Océanographie et de Géosciences, la délégation régionale CRBPO du Nord-Pas de Calais / CAP-ORNISBaguage, le Centre Permanent d’Initiatives pourl’Environnement ‘Chaîne des Terrils’, le Département du Nord,  Espaces DEpartementaux Naturels du Pas-de-Calais, les Parcs Naturel Régionaux des Caps et Marais d’Opale et de Scarpe-Escaut), et avec le Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive.
Ce projet se poursuit dans le cadre du projet d'ANR DEMOCOM.

Références:
Luczak C. (2017). Évolution des populations d'oiseaux communs nicheurs dans le Nord -Pas-de-Calais (1995-2014). Collection Faune sauvage du Nord - Pas-de-Calais, GON éditeur, Lille, 192p.
Capture et baguage d’oiseaux par une équipe partenaire du projet DEMOSPACE pour documenter l’impact des fluctuations climatiques, et des actions de gestion de l’habitat, sur le fonctionnement des populations d’oiseaux.

mercredi 8 mars 2017

Intérêts des espaces intertidaux pour la Gorgebleue à miroir de Nantes (Cyanecula svecica namnetum) en période de mue post-nuptiale


Chez les oiseaux, le renouvellement du plumage (mue) est un phénomène pouvant entraîner une dépense métabolique conséquente. L’étude du déroulement de ce phénomène (périodes, durées, habitats et ressources trophiques exploités par les individus) peut être un élément clef pour la conservation de certaines espèces en mauvais état de conservation ou méritant une vigilance accrue. Un travail sur la Gorgebleue à miroir de Nantes (Cyanecula svecica namnetum, sous-espèce endémique des espaces du littoral Manche-Atlantique) vient de révéler les avantages particuliers dont peuvent bénéficier les individus en effectuant leur mue post-nuptiale sur les zones humides soumises au balancement des marées. Dans le cadre de ce programme, le suivi par radio-pistage de 16 individus sur deux ans a permis de montrer qu’en se maintenant sur les estrans pendant leur mue, les oiseaux peuvent limiter leurs déplacements et exploiter de petites surfaces : 0,42 à 1,34 hectares, typiques d’espaces où les ressources trophiques sont abondantes et prédictibles. L’analyse des restes chitineux, contenus dans les fientes des oiseaux prélevées lors des captures, a révélé que les individus en mue tendent à consommer un grand nombre d’amphipodes : petits crustacés marins, en particulier utilisés en pisciculture pour favoriser la croissance rapide de certaines espèces de poissons. Enfin, le suivi de la masse des individus du début à la fin de la période de renouvellement du plumage a montré qu’en muant sur les zones humides intertidales, les oiseaux parviennent à conserver en fin de période de mue une masse équivalente à celle mesurée avant le début du phénomène, comme chez des individus de la sous-espèce svecica dont la mue à été étudiée en captivité, avec des ressources alimentaires illimitées. Cette étude conforte différents travaux relatifs à l’importance des estrans pour la communauté des passereaux paludicoles, en particulier soulignée pour des espèces telles que le Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola) qui exploite en grand nombre les espaces littoraux au cours de sa migration post-nuptiale. Ces différents travaux mettent en lumière la vigilance qu’il convient d’adopter pour la conservation des fonctionnalités écologiques des zones humides intertidales, en particulier dans le contexte d’élévation du niveau marin et des perturbations des régimes hydro-sédimentaires actuellement constatées sur de nombreux espaces littoraux.

Illustration : Gorgebleue à miroir de Nantes (Cyanecula svecica namnetum). Mâle adulte en plumage nuptiale (gauche) et aile d’un individu en mue active des rémiges lors de la période post-nuptiale (droite).
© BioSphère Environnement.


Pour en savoir plus :



Lien de consultation et de téléchargement de l’article :
http://espacesite.pagesperso-orange.fr/raphael-musseau/musseau_et_al_ardeola_2017.pdf