mercredi 24 août 2016

Quand les cigognes blanches franchissent-elles le détroit de Gibraltar ?

Martin et al (2016) ont étudié la date de franchissement du détroit de Gibraltar par les cigognes blanches en migration postnuptiale à partir de la base de données d'EURING (qui contient les données des cigognes françaises, transmises annuellement par le CRBPO). Ils posent en particulier la question de la variabilité de la phénologie de migration au cours des 40 dernières années, en fonction des conditions météorologiques de printemps et d'été, et entre populations (essentiellement Espagne, France et Allemagne).
Un des résultats principaux est que globalement, les jeunes (1ère année) migrent de plus en plus tôt: ils franchissaient Gibraltar vers le 19 septembre dans les années 60, et vers le 27 août dans les années 2000 (soit au moins 20 jours plus tôt). Pour les adultes, l'avancement est du même ordre de grandeur, mais avec de fortes variations au cours de la période d'étude (néanmoins, notons que cette catégorie confond adultes et immatures, les immatures ayant une stratégie migratoire très variable).

Pour ce qui concerne les cigognes françaises, la date de franchissement de Gibraltar aurait avancé uniquement chez les juvéniles, et surtout pour le sud de la France, passant de la 1ère quinzaine de septembre à la 2ème quinzaine d'août.
Un 'fruit' de 40 ans de marquage des cigognes blanches par les bagueurs français !

Référence: Martin, B., Onrubia, A. & Ferrer, M. (2016). Migration timing responses to climate change differ between adult and juvenile white storks across Western Europe. Climate Research, 69, 9–23.

Origines des cigognes blanches (a - juvéniles, b - immatures et adultes) reprises dans la région du détroit de Gibraltar, et utilisées dans cette étude (figure extraite de Martin et al. 2016)


vendredi 22 juillet 2016

Un grand homme de la Conservation... et du baguage nous a quitté: Luc Hoffmann

Nous postons ici l'hommage à Luc Hoffman transmis par la direction de la Tour du Valat



Luc Hoffmann, une vie dédiée à la nature


Luc Hoffmann, initiateur du baguage des Flamants roses (MAVA©)
C’est avec beaucoup de tristesse que nous vous informons que Luc Hoffmann, fondateur de la Tour du Valat, figure emblématique de la connaissance et de la protection de la nature, s’est éteint paisiblement en Camargue le 21 juillet 2016 à l’âge de 93 ans.
Si la Tour du Valat, Station biologique fondée voilà plus de 60 ans, aujourd’hui devenue un institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes, est généralement considérée comme son œuvre maîtresse, on ne compte plus les réalisations de Luc Hoffmann en faveur de la nature : la création du Fonds Mondial pour la Nature (WWF), dont il est un des co-fondateurs ; sa contribution à l’élaboration de la convention de Ramsar, premier traité international portant sur l’environnement et le seul à ce jour consacré à un écosystème particulier : les zones humides ; la création et la gestion à long terme de nombreux espaces protégés de première importance en Europe (Doñana, Hortobágy, Prespa…) et en Afrique (Banc d’Arguin) ; la création de la Fondation MAVA, acteur majeur de la philanthropie environnementale...
Son engagement exceptionnel a été honoré par un grand nombre de distinctions prestigieuses. Voilà encore à peine quelques semaines, la Fondation Prince Albert II de Monaco lui décernait le prix "Biodiversité", pour l'ensemble de ses initiatives en faveur de la protection de la biodiversité.
Luc Hoffmann était un personnage hors du commun, visionnaire, d’une immense générosité et extrêmement attachant. Discret, il écoutait beaucoup et s'exprimait relativement peu hors des occasions que lui donnaient les grandes causes qu’il défendait.
Il a de tous temps été mu par l'avidité de connaître et de comprendre le fonctionnement de la nature, par l'impérieuse nécessité de transmettre ces savoirs pour qu'ils soient partagés et qu'ils irriguent une conservation effective. Guidé par une vision humaniste de la conservation de la nature, qui ne se fasse pas contre les hommes, mais avec eux, son engagement n’avait d’égal que sa modestie.
Mais son héritage le plus important est probablement cette communauté d’hommes et de femmes qui ont mis leurs pas dans les siens, qui partagent la même vision, les mêmes valeurs et qui tissent, en Camargue, dans le bassin méditerranéen et bien au-delà, les liens d’une réconciliation de l’homme avec la nature.

Pour en savoir plus sur l'oeuvre de Luc Hoffmain:

jeudi 14 juillet 2016

Bilan l'étude par baguage sur la migration du Phragmite aquatique en France



Article rédigé par Christine Blaize, coordinatrice du Plan National d'Actions en faveur de la conservation du Phragmite aquatique.

Jusqu'à 2007, le nombre de données de baguage sur le Phragmite aquatique était de 3354 captures (dont 3180 baguages).En 2008, un collectif de bagueurs, avec le CRBPO, a mis en place un thème de recherche dédié à cette espèce : le thème ACROLA. Cette initiative a fortement augmenté les connaissances sur la migration du Phragmite aquatique en France. De 2008 à 2014, 5886 captures (5185 baguages) se sont ajoutées à la base de données (+43%), avec notamment beaucoup de nouvelles informations sur la migration des adultes.
La mobilisation des bagueurs sur ce thème s'est faite en parallèle avec la mise en œuvre du Plan National d’Actions (PNA) en faveur du Phragmite aquatique (2010-2014), dont certaines actions avaient besoin du thème ACROLA pour atteindre leurs objectifs (actions de connaissance 4.1 et 4.2). Le PNA a donc été le cadre pour le développement du thème ACROLA, notamment au travers de sa déclinaison régionale. Le travail commun du PNA avec l'ensemble du réseau des bagueurs a permis une augmentation des connaissances sur les zones de halte migratoire, les habitats utilisés et la biologie de la migration (phénologie, engraissement lors des haltes).
Vous trouverez un bilan chiffré et illustré de ces connaissances sur l'article dédié au programme sur le site internet du CRBPO.
Au niveau international, le statut de l'espèce reste toujours "vulnérable". Les estimations de la population mondiale sont aujourd'hui de 11,000-16,000 mâles chanteurs ou 33,000-48,000 individus au total (BirdLife International, 2016). Le réseau des bagueurs français captant une partie importante du flux de Phragmites aquatiques en migration (la quasi-totalité de la population transite par la France avant de rejoindre les quartiers d'hivernage en Afrique; Jiguet et al. 2011) offre une opportunité unique de documenter les variations interannuelles de succès reproducteur pour l'ensemble de la population mondiale.
Nombres de questions sur la biologie des populations et la conservation de l'espèce restant sans réponse, le thème de recherche par le baguage ACROLA est maintenu. La collecte de données reste nécessaires sur cette espèce, toujours mondialement menacée d'extinction. 

Proportion de jeunes et d’adultes dans les captures de Phragmite aquatique en France (source : Dehorter et CRBPO, 2015)

Références: 

BirdLife International (2016) Species factsheet: Acrocephalus paludicola. Downloaded from http://www.birdlife.org on 17/06/2016. Recommended citation for factsheets for more than one species: BirdLife International (2016) IUCN Red List for birds. Downloaded from http://www.birdlife.org on 17/06/2016

Jiguet, F., Chiron, F., Dehorter, O., Dugué, H., Provost, P., Musseau, R., Guyot, G., Latraube, F., Fontanilles, P., Séchet, E., et al. (2011). How many Aquatic Warblers Acrocephalus paludicola stop over in France during the autumn migration? Acta Ornithol. 46, 135–142.

Jiguet, F., Dehorter, O., Gonin, J., Latraube, F., Le Nevé, A., and Provost, P. (2012). Connaissance de la migration du Phragmite aquatique en France : méthodologie de suivi scientifique et réglementation. CRBPO, Bretagne Vivante – SEPNB, LPO. Muséum National d'Histoire Naturelle, Paris, France, 13 p.

mardi 12 juillet 2016

Histoires de corneilles parisiennes...

Pour se détendre un peu en ce début d'été, une petite lecture sur le blog de Vigie-Nature, qui présente les premiers résultats du baguage de corneilles noires au Jardin des Plantes à Paris, aux portes du CRBPO, et quelques éléments d'une enquête, menée auprès des visiteurs de ce parc, sur leur appréciation de cet oiseau.
Le lien :
http://vigienature.mnhn.fr/blog/focus/post-de-lete-midi-l-heure-du-pique-nique-l-heure-des-corneilles

vendredi 17 juin 2016

Identification Guide to Birds in the Hand

In 2013, Laurent Demongin published a French version of "Guide d'identification des oiseaux en main", which received critical acclaim from members of the specialised ornithological press.
Today, L. Demongin are pleased to announce the publication of the book 'Identification Guide to Birds in the Hand'. This English version of the French guide, updated with 51 extra species, gives to all ornithologists who handle birds the essential information regarding accurate identification of species and subspecies, measurements, moult, sex and age.

You can order the guide at the address guidebaguage@gmail.com. Note that until 30/06/2016, any book ordered at guidebaguage.wix.com/accueil will benefit from 10 % discount.



mercredi 8 juin 2016

Une nouvelle rousserolle en Europe : la Rousserolle ambigüe !

Après plusieurs années de captures, d'analyses biométriques et génétiques, une équipe coordonnée par Frédéric Jiguet vient de publier une nouvelle phylogénie des rousserolles effarvattes d'Europe et d'Afrique, révélant l'existence d'un nouveau taxon, nommé ambiguus, qui niche en Afrique du Nord et sur la péninsule ibérique, peut-être même jusqu'en France !
A l'origine de cette découverte, l'oeil aiguisé de Pascal Provost, envoyé en mission ACROLA au Maroc par le CRBPO, qui a rapidement suspecté que les rousserolles locales qu'il y capturait étaient différentes de celles qu'il baguait en baie de Seine. C'était en 2009...
Probablement plus proches des rousserolles africaines du groupe baeticatus, les ambiguus forment un groupe frère avec les rousserolles nichant au Sahel. Elles ont des ailes plus courtes, plus rondes, et peuvent muer sur leurs sites de reproduction (surtout au Maghreb). Certains individus ont la pointe de la mandibule inférieure assombrie et un plumage très fauve dessous, avec des pattes grises et des soles très jaunes. Mais pas tous...
La publication propose de traiter l'ensemble des rousserolles de type effarvatte comme une seule espèce, de la Scandinavie à l'Afrique du Sud, en attendant d'étudier plus précisément les zones de contact entre les trois groupes identifiés - notamment en pays catalan.
En bref, un nouveau casse-tête en vue pour les bagueurs de roselière - avec une pensée émue pour nos collègues ibériques qui baguent des rousserolles "effarvattes" depuis des décennies alors qu'elles n'en sont peut-être pas !
Un lien vers l'article, fonctionnel jusqu'en juillet.



Photos Pascal Provost, Maroc, septembre 2009

mardi 24 mai 2016

Epidémiologie de la fistule orale... appel aux observations !

La fistule orale est une aberration anatomique consistant en une mandibule inférieure avec une absence partielle de muscle et de peau, la langue se trouvant alors à l'extérieur de la cavité buccale. Cette déformation a été décrite pour la première fois chez le Vautour fauve (Camiña and Guerrero 2013), puis chez deux oiseaux marins (la Sterne fuligineuse Onychoprion fuscatus, Reynolds et al. 2009, Fig. 1, et le Fou masqué Sula dactylatra, Hughes et al. 2013).
James Reynolds lance une enquête épidémiologique sur cette aberration anatomique. N'hésitez pas à lui transmettre vos observations à l'aide du formulaire dédié, que vous trouverez sur le site du CRBPO.
Pour plus d'information, contactez James Reynolds (Centre for Ornithology, University of Birmingham, GB): J.Reynolds.2@bham.ac.uk

Fistule orale sublinguale chez une Sterne fuligineuse (Photographie de J. Reynolds, issue de Reynolds et al. 2009)

mardi 10 mai 2016

Suivi à long terme et actions de conservation de l’Aigle de Bonelli en France.


La conservation des espèces menacées par les activités humaines consiste à favoriser la reprise de la croissance des populations en limitant l’impact des différentes menaces sur la survie ou la reproduction des individus. Face à la complexité des processus écologiques et l’urgence d’agir dans un contexte de ressources financières limitées, une évaluation des bénéfices des actions mises en œuvre est nécessaire pour permettre une gestion efficace des populations menacées. L’aigle de Bonelli est un bon exemple d’espèce menacée bénéficiant depuis plusieurs décennies de mesures de gestion conservatoire. Elle fait aussi l’objet d’un programme de baguage ininterrompu depuis  1990 qui a permis de baguer environ 95% des poussins nés en France depuis cette date (Ponchon & Ravayrol 2015). Enfin, un effort très important de relecture des bagues est assuré plus particulièrement depuis 1995. L’électrocution des aigles sur les pylônes électriques a rapidement été identifiée comme une cause de déclin majeure pour l’espèce. Ceci a conduit à partir de 1997 à la mise en œuvre d’actions visant à la neutralisation des pylônes dangereux à la fois sur les territoires de reproduction connus mais aussi dans les zones d’erratisme de l’espèce. Si l’impact positif de telles mesures de neutralisation sur la dynamique des populations d’oiseaux n’avait jusqu’alors jamais été montré au niveau international, des travaux se basant sur les données du programme de CMR sur l’Aigle de Bonelli en France ont pu évaluer les bénéfices obtenus par ces actions. Un premier travail a permis de vérifier la forte diminution des taux de mortalité par électrocution et l’augmentation globale de la survie des aigles à partir de 1997 (Chevallier et al. 2015), un second travail a permis de montrer  que l’augmentation observée du nombre de couples reproducteurs en France depuis les années 2000 était effectivement expliquée par cette action de conservation bien que la population d’aigles du Sud de la France soit encore soutenue par un renfort d’immigrants venus d’Espagne (Lieury et al. 2016). Ces travaux montrent l’importance des efforts de suivis individuels menés sur le long terme pour montrer les bénéfices réels des actions menées sur le terrain et tenter de les améliorer encore.

Par Nicolas Lieury, Alexandre Million, Aurélien Besnard, Alain Ravayrol et Cécile Ponchon.


Pour plus de détails (les articles sont disponibles dans la section Bibliographique / Programmes personnels du site du CRBPO):

Chevallier, C., A. Hernández-Matías, J. Real, N. Vincent-Martin, A. Ravayrol, & A. Besnard. 2015. Retrofitting of power lines effectively reduces mortality byelectrocution in large birds: An example with the endangered Bonelli’s eagle. Journal of Applied Ecology 52:1465–1473. 

Lieury, N., A. Besnard, C. Ponchon, A. Ravayrol, & A. Millon. 2016. Geographically isolated but demographically connected: immigration supports efficient conservation actions in the recovery of a range-margin population of the Bonelli’s eagle in France. Biological Conservation 195:272–278.

Ponchon, C. & Ravayrol, A. (2015). Rapaces diurnes - Aigle de Bonelli. 25 ans du programme de baguage: bilan et perspectives. Rapaces de France - L’Oiseau Magazine, Hors série n°17, 44–47.
Nombre de couples territoriaux comptés (points noirs) et nombre de couples territoriaux attendus en absence d'immigration. Ce graphique révèle l'importance majeure de l'immigration d'individus (très probablement espagnols) dans le maintien de la population française. Copie de la Figure 4 de Lieury et al. (2016) Biological Conservation.

Un site de saisie en ligne pour les gravelots à collier interrompu



Après les avocettes, c’est au tour du programme de marquage coloré des gravelots à collier interrompu en Bretagne porté par Gaétan Guyot pour Bretagne Vivante de bénéficier d’un site de saisie en ligne permettant d’identifier les gravelots bretons à partir des contrôles à distances. Ce site est accessible ici. Il permet de saisir les contrôles de gravelots à collier interrompu bagués couleurs et d’obtenir instantanément le CV de l’oiseau et de le télécharger au format pdf. Un outil développé par Arnaud Le Houédec de Bretagne Vivante dans le cadre du Plan Régional d’Action du Gravelot à collier interrompu. La péninsule bretonne accueillait environ 200 couples de gravelot à collier interrompu nicheurs en 2015 (Hémery et Guyot, 2015). Démarré en 2007 en baie d’Audierne, le programme de marquage coloré a été étendu à toute la Bretagne en 2015. 294 individus ont été bagués en 2015 et 2 646 contrôles de 347 individus différents ont été transmis jusqu’à fin 2015, avant l’ouverture du site. Toutes ces données permettront de mieux appréhender le fonctionnement de la population bretonne de gravelots à collier interrompu dans l’optique d’en assurer une meilleure conservation.


Le portail de saisie des contrôles visuels pour les Programmes Personnels du PNRO.